[PRESSE]

LE CABINET DE CURIOSITÉS DE L’ENSEMBLE 2E2M

 

Pour ce concert inaugurant la résidence du compositeur vénitien Mauro Lanza auprès de l’Ensemble 2e2m, on entre dans l’Auditorium du CRR de Paris comme dans un cabinet de curiosités.

 

Sur le devant de la scène, une collection d’objets/instruments étranges, équipés d’un système de soufflerie s’offre à la vue d’un public intrigué. Coloré et prometteur, ce dispositif ingénieux donne le ton d’une soirée aventureuse et très singulière.

 

Au côté de Pierre Roullier, la soprano Shigeko Hata, arrive sur scène en performeuse, avec baskets et jeans des années 90, pour chanter Music for people who like art pour voix et grand ensemble de l’Irlandais Andrew Hamilton, une œuvre donnée ce soir en création française. Dans cette pièce minimaliste et répétitive, à l’instar de son maître Louis Andriessen, Hamilton prend ses distances vis à vis du processus à l’œuvre, maniant l’humour et l’ironie avec une virtuosité certaine. Le texte (25 lines of Words on Art Statement) est celui du plasticien et théoricien américain Ad Reinhardt : Art-as-Art. Art from Art. Art on Art… Le principe répétitif, endurant et à haute tension, mixe la voix et l’ensemble instrumental sur une scansion parfaitement synchrone. Mais ce mécanisme fou s’emballe, dérape, bégaie et déverse son flot de mots jusqu’à la nausée… le tout exprimé par Shigeko Hata de manière impressionnante, avec une énergie et un sang froid sidérants. Sous le geste implacable de Pierre Roullier, tout est minutieusement réglé au sein des pupitres de l’orchestre chauffés à blanc.

 

Rien de tel dans la musique très singulière d’Aurélien Dumont dont les textures raffinées et impalpables nous plongent dans un univers poétique et non moins fascinant. Donné en création mondiale, Flots en fioles en flot invite au devant de la scène l’alto solo – épatante Claire Merlet – au côté de seize musiciens. Dans cette manière de concerto, le compositeur joue sur l’interaction sensible et complexe du soliste et de l’ensemble. L’alto semble au départ l’instrument « source » dont les sonorités sont réverbérées et altérées par les couleurs de l’orchestre. Il va progressivement s’immerger dans un flux sonore de plus en plus riche, aux remous aquatiques – plaque de plexiglas et flûte à coulisse à l’œuvre. Soliste et ensemble instrumental forment à eux deux une sorte de méta-instrument, monstre hybride aux morphologies très étranges dont le compositeur donne à entendre les fluctuations étonnantes de matière avec un art du détail et un imaginaire sonore qui captivent d’autant l’écoute.

 

Invention et imagination sont également les ressorts de l’œuvre à quatre mains de Mauro Lanza et Andrea Valle. Regnum vegetabilelie très étroitement un sextuor instrumental (trois cordes et trois vents) et les objets électromécaniques présents sur la scène et décrits ci-dessus. Regnum vegetabile est la seconde pièce d’un cycle, Systema Naturae, qui en comprendra quatre, fondé sur la classification des naturalistes : animaux, végétaux, minéraux et fossiles. La résidence de Mauro Lanza sera l’occasion d’entendre les trois premières réalisations de ce projet original, avec la création mondiale, en avril prochain, de Regnum lapideum.

 

A l’œuvre durant l’exécution de la pièce – ils contrôlent dans la salle le dispositif électronique présidant à cette ingénierie – les deux compositeurs italiens entendent faire vivre sur scène le monde végétal, pure merveille lanzavalléenne conçue par des cerveaux hors normes. On voit ainsi sur la table frétiller et s’agiter les quatre familles d’instruments (sifflets, trombes, ocarinas, et autres harmonicas, tous reliés à un système de soufflerie), sorte d’orgue à bouche géante réalisant avec les couleurs de l’ensemble instrumental des hybridations sonores inouïes. L’œuvre est un catalogue de dix-huit espèces différentes, de quelques minutes chacune. Elles sont dûment répertoriées sous des noms savants et n’excluent pas leur environnement sonore, couinements, barbotements et autres sons anecdotiques évoquant aussi le milieu animal. Le résultat est drôle autant que raffiné, d’une étrangeté recherchée et d’une tendresse infinie, surtout lorsque ces instruments fluets et fragiles jouent en solistes. Essentiel intermédiaire entre l’installation sonore et les musiciens, Pierre Roullier, vigilant et à l’écoute, assure un parfait équilibre et une connexion idéale entre les deux sources en présence.

 

Suite au prochain règne, animal celui-là !

 

Michèle Tosi

ResMusica

Zad Moultaka

Hanbleceya (extrait)

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