[PRESSE]

AN ISLAND FAR / OSCAR STRASNOY

 

Il est des compositeurs dont la musique a toujours partie liée avec le théâtre. Oscar Strasnoy (né en 1970) est de ceux-là: au gré des œuvres retenues dans ce deuxième disque monographique que lui consacre l’ensemble 2e2m, les tréteaux semblent s’ériger d’eux-mêmes et les musiciens sont amenés à se faire conteurs.

 

Prenez le cycle Eco (2009), quatorze pièces écrites en hommage aux Sequenze de Luciano Berio dont elles reprennent le principe pour mieux s’en détourner: à la virtuosité et au «portrait-sculpture d’un l’instrumentiste» de l’Italien répondent les «archétypes littéraires» du Franco-Argentin, où le petit espace qu’il s’est assigné se fait le réceptacle d’un fragment de Cendrillondans les versions de Perrault et Grimm»). Pas de musique pure chez Strasnoy: mots et sons rejouent toujours la scène du bal. Interprétées avec beaucoup d’esprit par les musiciens, ces Sequenze de poche – la plus longue dure 2’44 – agissent comme autant de tesselles d’une mosaïque bigarrée, aux reflets changeants. Difficile de ne pas déceler, dans l’Eco pour voix seule, un double hommage au couple formé par Berio et Berberian.

 

L’on perçoit dès les juvéniles Naipes pour cinq instruments (1995) un métier sûr allié à une intarissable fantaisie. Les arabesques finement tissées, au sein desquelles glissandos («Oh») et strates rythmiques superposées («Séduction») se livrent à un spirituel babillage, n’excluent pas la paraphrase de quelque figure tutélaire du passé («Es ist genug»).

 

Commande du Wigmore Hall de Londres, les Six Songs for the Unquiet Traveller (2004) sont le fruit d’un travail à quatre mains avec l’écrivain Alberto Miguel. Afin d’évoquer ces voyages réels ou imaginaires, où transitent les amis disparus, Strasnoy a façonné une partition aux couleurs translucides (celles du songe?), d’une grande économie et finesse d’instrumentation. «Blonde with Gorilla» se fonde sur quatre notes lancinantes que viennent perturber des velléités de walking bass; «Stefansson» met à jour un éclatement des sonorités tandis que le lascif «Do you remember» se concilie les charmes d’un tango. La mezzo Ann-Beth Solvang leur prête sa voix ductile et piquante, d’une grande aisance dans les aigus (écriture mélismatique de «St Mark Square»).

 

Une excellente introduction à l’œuvre du compositeur dont les dix opéras attendent encore leur première discographique.

 

Jérémie Bigorie

ConcertoNet.com

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